Manger du poisson, oui, mais avec discernement

Sélectionner les poissons que nous consommons est une démarche essentielle pour préserver les ressources marines. Voici de quoi procéder à un tri éclairé… Toujours en hausse, la consommation de poissons s’est vue multipliée par trois en trente ans. Parallèlement, les ressources de la mer s’appauvrissent. Résultat : la situation des réserves halieutiques se dégrade globalement et régulièrement depuis un demi-siècle. Selon la FAO (Food and Agriculture Organisation des Nations Unies), 75 % des stocks de la planète sont aujourd’hui exploités au maximum ou surexploités. En Europe, les capacités de pêche sont surdimensionnées par rapport aux ressources disponibles dans nos mers et nos océans. Situés en deçà des limites biologiques de sécurité, 30 % des stocks sont ainsi susceptibles de ne pas pouvoir se régénérer et sont donc menacés d’effondrement. La population d’anchois du golfe de Gascogne a par exemple chuté de 120 000 à 20 000 tonnes en cinq ans. Pour palier cette raréfaction, la pêche industrielle effectue des chalutages en eau de plus en plus profonde, endommageant au passage les fonds marins et ratissant à des profondeurs situées entre 400 et 1 500 m, où huit espèces sont déjà menacées : l’empereur, le flétan du Groenland, le grenadier de roche, le hoki, la lingue bleue, le sabre noir, le sébaste et le siki… D’une manière générale, les espèces des profondeurs sont vulnérables en raison de leur croissance lente et de leur reproduction tardive. Selon les chercheurs du Conseil international pour l’exploitation de la mer (Ciem), 100 % des captures d’espèces en eau profonde se font en dehors des limites biologiques de sécurité.

Un manque de traçabilité

À la surpêche s’ajoutent d’autres facteurs comme la pollution ou le réchauffement des mers et des océans. Contrairement à la viande, pour laquelle de réels efforts de traçabilité ont été accomplis, il est extrêmement difficile d’obtenir des informations sur les poissons que nous consommons. Légalement, le consommateur doit pouvoir trouver sur l’étiquette le nom commercial de l’espèce, la zone de capture ou son pays d’élevage ainsi que la méthode de production (mention « pêché en mer », « pêché en eau douce » ou « issu d’élevage »). Toutefois, lorsqu’elles figurent sur l’emballage, ce qui n’est pas toujours le cas, ces informations sont souvent floues, imprécises. Et elles n’aident pas les consommateurs à savoir si les produits de la mer sont issus d’un mode d’exploitation durable, si les espèces sont abondantes ou surpêchées… On trouve ainsi sur les étals des poissonniers, au rayon poissonnerie ou congélation des grandes surfaces, des espèces figurant sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (Ucin). Par exemple, la saumonette, appellation utilisée pour désigner trois petits requins, comporte le requin-chagrin, (Centrophorus granulosus) et l’aiguillat commun (Squalus acanthias), tous deux « en danger critique d’extinction ». Le choix se complique encore davantage lorsqu’il s’agit d’espèces menacées dans certaines mers ou océans et pas dans d’autres. Ainsi, le saumon de l’Atlantique est à éviter, car trop pêché, mais pas celui du Pacifique.

Une consommation responsable

Afin de permettre aux générations futures de pouvoir consommer du poisson, il est primordial de sélectionner les espèces que nous achetons. À la liste des poissons d’eau profonde à éviter s’ajoutent d’autres espèces comme le bar de chalut, le cabillaud, l’églefin de l’Atlantique, l’espadon, le loup, la raie, le requin, le thon rouge, le vivaneau… Des « listes rouges » très complètes figurent sur plusieurs sites internet. Évitons aussi les périodes de reproduction et mangeons, en fonction des saisons, la sole de mai à janvier, le maquereau de mai à août, le rouget en hiver… Soyons attentifs à la taille car la protection des juvéniles est indispensable pour le renouvellement des stocks. Le hareng se consomme ainsi à 24 cm, la sardine à 11, le rouget barbet à 19 et le poulpe commun à 750 g… Les poissons d’élevage ne sont pas une alternative écologique puisqu’ils sont nourris avec de la farine de poissons sauvages (hareng, sardine ou maquereau), à raison de 4 kg de farine pour 1 kg de saumon, de bar ou de daurade. Enfin, en orientant nos achats vers des produits respectueux de l’environnement, nous agissons pour favoriser des modes de gestion plus durables au sein des pêcheries. De plus, les produits de la mer ayant des concentrations en mercure et PCB qui dépassent souvent les niveaux de sécurité alimentaire, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire et de l’alimentation) conseille d’en consommer deux fois par semaine au maximum, voire une fois pour les enfants et les femmes enceintes.

En savoir plus

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