Construire sa maison en torchis

Quand on parle de torchis, on imagine d’emblée de petites cabanes mi-paille mi-boue, qui fondent à la première pluie. Pourtant, ce matériau entre aussi dans la réalisation de demeures contemporaines, aussi durables que respectueuses de l’environnement…

Un peu d’Histoire : la construction en torchis est une technique très ancienne, qui fut utilisée dès le néolithique. En Europe, ce type de construction est pratiqué par les Celtes et connaît son apogée au Moyen Âge. Il restera cependant très prisé jusqu’au xviiie siècle sur les territoires germanophones. Dans le nord de la France et en Normandie, on trouve encore de pittoresques maisons à colombages, construites selon cette technique. Mais c’est d’Allemagne, toujours pionnière en matière d’écologie, que nous revient aujourd’hui cette tradition ancestrale, simple et pratique, qui suscite un regain d’intérêt chez les architectes particulièrement désireux de construire des bâtiments à la fois économiques et écologiques.

Le torchis, qu’est-ce que c’est ?

Commençons par quelques notions d’étymologie : le mot « torchis » vient de « tordre » ou « torche », en référence à sa pose traditionnelle qui consiste à poser de la paille ou du foin torsadé dans une boue argileuse. Il s’agit en fait d’un mélange de terre, de bourre, de paille et d’autres matériaux tels que graviers, sable, chaux et brindilles, qui seront choisis en fonction de la région où l’on se trouve et de la nature du sol. D’une manière générale, la terre est utilisée comme une matrice que l’on renforce par diverses fibres végétales. On applique ensuite ce torchis sur un clayonnage de bois reposant sur une charpente, comme pour les fameuses maisons à colombage.

Avantages de la construction en torchis

100 % écologique, la maison en torchis est construite à partir de terre et de produits naturels, sans impact sur l’environnement ni sur la santé de ses occupants. Une vraie base pour des constructions saines, entrant dans le cadre du développement durable. Le torchis offre aussi une bonne isolation thermique, phonique et même électromagnétique du bâti. Il permet de construire des maisons conviviales et économes en énergie. Plus le matériau est lourd, c’est-à-dire chargé en terre et allégé en paille, plus il privilégie l’inertie et l’accumulation thermique, restituant chaleur l’hiver et fraîcheur l’été. Plus il est léger, c’est-à-dire riche en paille et pauvre en terre, plus il emprisonne l’air et mieux il isole. L’idéal est donc d’allier les deux techniques – lourd à l’intérieur et léger à l’extérieur –, pour permettre à la maison de respirer tout en étant bien isolée et en évitant la condensation.

Concrètement, comment on fait ?

Ceux qui ont déjà fait du béton s’y retrouveront facilement. Il vous faut une bétonnière que vous remplirez de terre argileuse tamisée, de paille sèche, de sable fin, de chaux et d’eau selon certaines proportions inhérentes au type de torchis recherché. En gros, il faut respecter un ratio de trois parts de liant (terre et chaux) pour cinq parts de charges (paille et sable). Comptez en plus des gants, des lunettes protectrices et une taloche. C’est tout le matériel dont vous aurez besoin, avec un peu d’huile de coude. Son coût modique, de 1 à 4 euros par m², permet de réaliser non seulement des maisons d’habitation, mais aussi des cabanes, des remises, des abris de jardin, des poulaillers… Une fois respectés les temps de séchage entre chaque couche ainsi qu’avant le passage de l’enduit final, vous pourrez alors profiter de toutes les qualités qu’offre ce matériau ancien plein d’avenir.

Trois préjugés qui ont la vie dure

– Les maisons en torchis sont humides. Faux : l’humidité que pourrait renfermer une telle structure est canalisée grâce à la technique de l’adobe, un lissage extérieur de terre et de chaux qui permet d’imperméabiliser le mur.

– Les maisons en torchis brûlent plus facilement que les autres. Faux : le torchis est un matériau sûr et ignifuge qui forme un écran minéral naturel contre le feu. – Les maisons en torchis sont la proie des nuisibles. Faux : le torchis n’intéresse ni les rongeurs ni les insectes.