Charançon, la petite bête qui nous donne des leçons

Insecte ravageur des céréales, le charançon fait ce mois-ci la Une du journal Current Biology, paru le 6 octobre. Et pour cause : l’ennemi public n°1 de nos greniers à blé a fait l’objet d’une récente découverte ouvrant la voie à de nouveaux moyens de lutte contre ce redoutable parasite. On savait déjà que cet insecte d’environ 3 mm vivait en symbiose avec les bactéries présentes dans son organisme. En poursuivant les investigations, des chercheurs de l’Insa (Institut national des sciences appliquées) et de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) ont maintenant démontré que cette présence bactérienne était régulée par l’insecte lui-même en fonction de ses exigences physiologiques pendant les périodes critiques de son développement. Une faille que pourraient bien exploiter les chercheurs pour mettre au point des modes de traitement plus respectueux de l’environnement et qui ouvre également la voie à d’importantes avancées médicales dans la lutte contre les infections bactériennes. Explications…

Une amie encombrante

Enfermé et protégé dans un grain de céréale dont il se nourrit pendant tous les stades larvaires, le charançon effectue ensuite une métamorphose avant de sortir du grain sous forme d’adulte. C’est alors qu’il va pouvoir se reproduire et réinitialiser ce cycle grâce à la ponte de nouveaux œufs dans d’autres grains, expliquant ainsi son pouvoir destructif sur les denrées céréalières. Une femelle peut pondre jusqu’à 300 œufs durant sa vie. Après sa métamorphose en adulte, le charançon doit trouver en grande quantité la matière première nécessaire à la fabrication de sa cuticule, cette peau rigide qui le protège de son environnement. Cette brique de construction, c’est un acide aminé, la tyosine, fournie par les bactéries symbiotiques qu’il domestique en son sein et qui ont la faculté de la fabriquer. Dès la mue adulte, le charançon va multiplier de façon impressionnante ses bactéries symbiotiques, et ce jusqu’à l’achèvement de sa cuticule 5 à 6 jours plus tard. Une fois cette mission accomplie, les bactéries deviennent inutiles et leur maintenance coûteuse. S’engage alors un processus de recyclage organique qui s’effectue proprement, sans inflammation, dispersion ni rejet dans l’organisme.

Une exploitation agronomique… et médicale

Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives de lutte ciblant la symbiose entre l’insecte et sa bactérie. Ces solutions, plus respectueuses de l’environnement, offriraient ainsi des alternatives aux insecticides et pesticides. Sur un tout autre plan, « l’élimination rapide et sans inflammation de nombreuses bactéries représente un rêve pour la recherche en infectiologie. Ce travail constitue aussi une ouverture conceptuelle dans la lutte contre les bactéries pathogènes : comprendre comment le système immunitaire est connecté à d’autres processus cellulaires et métaboliques, et maîtriser la complexité de ce réseau d’interactions, permettrait d’apporter de nouvelles réponses dans la lutte contre les infections bactériennes », conclut le Professeur Abdelaziz Heddi, directeur de l’UMR Inra/Insa Lyon BF2i.