Une profession à l’écoute : interprète en langue des signes

Il y a en France 500 000 personnes sourdes, qualifiées de « profondes et sévères ». Parmi elles, 200 000 connaissent la LSF, la langue des signes française. Si, pour dialoguer entre elles, c’est un outil très efficace, en revanche, pour communiquer avec M. ou Mme Tout-Le-Monde, il faut un interprète. Pour couvrir ce besoin, 3 000 interprètes seraient aujourd’hui requis. Or, actuellement, on n’en compte que 400 en exercice. Cette pénurie a une origine historique.

Une langue longtemps interdite

Si la profession d’interprète en est à ses balbutiements, c’est que pendant longtemps la LSF a été interdite ! Dans les années 1760, un ecclésiastique, l’abbé Charles-Michel de l’Épée, avait jeté les bases de ce nouveau langage gestuel. Mais les spécialistes estimèrent que seul l’enseignement oral était bon, et qu’une langue des signes cantonnerait les sourds dans leur handicap. De fait la LSF a été interdite. Il a fallu attendre 1977 pour que cette interdiction soit abrogée par le ministère de la Santé. Et 2005 pour que la LSF soit officiellement reconnue par un texte de loi : « La langue des signes française est reconnue comme une langue à part entière. (…) Le Conseil supérieur de l’éducation veille à favoriser son enseignement. »

Formations

Pour rattraper le temps perdu et délivrer un diplôme officiel, cinq universités proposent désormais un master d’interprétariat français/langue des signes : – Paris 3, École supérieure d’interprètes et de traducteurs (www.univ-paris3.fr, tél. : 01 44 05 42 05) – Paris 8 (www.univ-paris8.fr, tél. : 01 49 40 64 18) Et en province : – À Toulouse, le Cetim, Centre de traduction, interprétation et médiation linguistique (http://cetim.univ-tlse2.fr, tél. : 05 61 50 37 63) – À Lille 3, université Charles de Gaulle (www.univ-lille3.fr, tél. 03 20 41 68 87 ou 03 20 41 73 23) – À Rouen (www.univ-rouen.fr, tél. 02 35 14 69 35)

Conditions d’admission

Dans ces universités, les places sont limitées à une vingtaine d’élèves par promotion. Pour être admis, un niveau bac + 3 est nécessaire. Et les candidats sont sélectionnés, triés sur le volet. Condition sine qua non : il faut déjà maîtriser la LSF. La formation (qui dure deux ans) n’est en effet pas destinée à l’enseignement de ce langage, mais à apprendre toutes les ficelles du métier d’interprète (traduction simultanée, traduction différée, code de déontologie…). Pour apprendre la LSF, vous devrez vous tourner vers des associations et des établissements qui donnent des cours du soir et proposent des stages de formation intensive.

Quels débouchés ?

Si les interprètes en langue des signes interviennent dans des congrès et colloques, c’est surtout au quotidien qu’ils deviennent indispensables : réunions en entreprise, entretiens de recrutement, rendez-vous chez le médecin, chez le banquier… Les technologies nouvelles ont également développé un nouveau service, la visio-interprétation : devant son ordinateur, filmée par une webcam, une personne sourde est en relation avec un interprète (lui aussi filmé). Et l’interprète, qui dans le même temps s’entretient au téléphone avec un interlocuteur que la personne sourde lui a demandé de contacter, traduit au fur et à mesure.

Salaire

Généralement recrutés par des structures ou des entreprises qui proposent des services aux personnes handicapées, les interprètes débutants ont un salaire qui oscille entre 1 200 et 1 800 euros nets par mois.

À noter

Pour accéder à ces services, les personnes frappées de déficience auditive bénéficient, comme tous les handicapés, d’une aide : la prestation de compensation du handicap.

Un site utile

www.afils.fr, le site de l’Association française des interprètes et traducteurs en langue des signes